12

Télémédecine : quand l’Ordre des Médecins se met en colère !

Si vous suivez l’actualité en santé, le nouveau rapport du Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) sur la réglementation de la télémédecine ne vous aura pas échappé. L’Ordre est fâché : contre le gouvernement qui ne permet toujours pas un véritable déploiement de la télémédecine, et contre ces start-up qui tentent “d’ubériser” la médecine.

J’ai souhaité vous faire un (petit) résumé, mais aussi creuser un peu plus loin, pour comprendre ce qui dérange du côté de ces fameuses start-up.

Les propositions phares du CNOM

  1. Faire sortir la télémédecine du régime de contractualisation avec l’ARS (sauf les protocoles expérimentaux) pour une prise en charge des actes de télémédecine par l’Assurance Maladie Obligatoire. Malgré les nombreuses preuves scientifiques et médico-économiques, très peu d’actes sont aujourd’hui pris en charge. La télémédecine n’est ni intégrée dans la pratique quotidienne, ni dans le parcours de soins des patients.
  2. Intégrer une part de forfaitisation de ces actes, notamment pour le suivi des pathologies chroniques et les établissements de santé.
  3. Assimiler le « téléconseil personnalisé » à la téléconsultation, dont la réglementation est encadrée par le décret de télémédecine. Le but étant de réguler les offres numériques de santé qui se sont développés en parallèle tels des Uber de la médecine, et de donner au CNOM un droit de regard sur les contrats passés entre ces sociétés et les médecins participants.
  4. Modifier l’article 53 du Code de Déontologie Médicale afin d’autoriser le versement d’honoraires pour les téléconsultations téléphoniques, par correspondance électronique ou tout autre moyen numérique, aujourd’hui interdites.

Les termes utilisés par le CNOM sur le statut actuel de la télémédecine sont sans appel :

#rigidité #vitrification  #contraintes excessives #situation non tenable 

Qui sont ces « Uber » de la médecine ?

 

Ce sont des sites web (+/- applis mobiles) qui permettent aux patients de poser des questions via des messages, du chat ou des appels téléphoniques à des médecins. Ces avis étant hors parcours de soins ne sont donc pas remboursés. Le coût des réponses à ces questions varie selon la rapidité de la réponse et du site.

 

 

 

Les extrêmes sont Le Docteur:   réponse gratuite sous 48h, et Deuxième avis: réponse en 48h pendant 7 jours pour 295€, avec entre les deux MesDocteurs à 2,99€ la réponse en 48h, 4,99€ en 15 min et 1,99€ la minute de chat.

Ces services étant totalement anonymes, le médecin n’a aucun accès au dossier médical du patient Son champ d’action est limité au diagnostic/ conseil, et il ne peut en aucun cas prescrire une ordonnance.

Reste le quid de la rémunération des médecins participants, qui ne peuvent être payés à l’acte. La solution n’a paraît il pas encore été élucidée..

Nb : Certains sites fonctionnant sur le même principe de questions sont aujourd’hui totalement autorisés car régulés par une ARS. C’est le cas de Médecin Direct, qui via du B2B (Business to Business), est accessible gratuitement pour le patient via sa mutuelle, assureur, entreprise, etc.

Le pourquoi du comment ?

Parce que JUSTEMENT, la télémédecine ne décolle pas !! Certains entrepreneurs ont astucieusement saisi l’opportunité du « téléconseil médical », qui dépend de la Directive Européenne sur le commerce électronique, bien moins régulé que le décret de télémédecine.

A l’ère du numérique et des nouvelles technologies qui permettent des avancées dans tous les domaines, ce blocage de télémédecine laisse un besoin énorme insatisfait auquel personne ne répond,

 

Ha oui, il y a Google ou Doctissimo… à vos risques et périls..

« Seul, on va plus vite. Ensemble, on va plus loin. »

Même si le rapport du CNOM peut paraître un peu agressif envers ces start-up, je ne pense pas que le but soit de les considérer comme des ennemis à abattre.

Comme le dit le Dr. Jean David Zeitoun, médecin et chargé de l’accompagnement des start-up santé à TheFamily :

« N’est-il pas normal que les médecins référents puissent, dans un cadre régulé et financé, continuer à prendre en charge leurs patients sous des formes nouvelles grâce aux technologies numériques ? »

Les start-up possèdent des qualités et des avantages dont notre système de santé aurait bien besoin : agilité, rapidité, créativité, maîtrise de l’expérience utilisateur et de l’esthétique des outils. Au Ministère de la Santé de s’activer pour permettre l’éclosion de la pratique de la télémédecine par tous les médecins le désirant, et de réguler ces offres.

« Si les start-up servent à pallier les défaillances locales du système, on ne peut pas leur en vouloir mais cela veut dire que c’est l’organisation traditionnelle qu’il faut revoir. »

conclut le Dr. Zeitoun.. Je rêve déjà de télé-interprétation des ECG, bilans bio, photos dermato, des consultations téléphoniques d’adaptation de posologies ou de l’envoi d’ordonnances électroniques aux pharmacies. Un rêve bientôt réalité ?

 

Nb : Si vous voulez tout savoir sur la télémédecine, le Pr Pierre Simon en a fait un bouquin très complet, je l’ai lu ! (Je n’ai aucun lien d’intérêt avec le Pr Simon)

Cécile Monteil

Cécile Monteil

12 Commentaires

  1. la telemedecine decret 2010 necessite la definition d un patient et de toute facon est un acte medical qui necessite d avoir vu au moins une fois le patient
    le teleconseil est un complement plus abouti que le nat avec des médecins qui conseillent la prescription avec ordonnance me semble tres limite

  2. Sans doute que les « Groggle » ou « iAppel » de ce monde soit déjà fort avancé dans l’élaboration d’un service web clé-en-main qui leur permette de s’insérer dans la « transaction de soins » et d’imposer graduellement la taxe de leurs aspirations macro-économiques. L’instantanéité à laquelle les gens sont maintenant habitués en tout (achats en ligne, consultation diverses, rendez-vous, etc..) devra nous obliger comme médecins et autres présentateurs de soins à coordonner une offre rencontrant cette aspiration nouvelle de nos patients (ceux qui paient nos honoraires à la fin). Il est grand temps de faire preuve de leadership et de prendre les devants en ce sens. Avant qu’Uber Santé ne vienne prendre sa cote sur nos revenus et sans doute « Wallmarter » nos tarifs…

  3. Bonjour, autrefois je faisais 70 % de temps clinique en salle d’examen. Aujourd’hui, c’est 70 % dans mon bureau un oeil sur le patient et un sur l’ordi, les 30% restant en salle d’examen: on est dans la télémédecine.

  4. A nouvel environnement numérique de santé = nouveau modèle économique et financier…L’Uberisation est en marche les patients sont désormais « consom’acteurs »

  5. il va être de plus en plus difficile de s’opposer à une demande croissante du public pour « consommer » de la médecine, comme on utilise une appli;ça va démultiplier les actes médicaux, mais en même temps désacraliser l’acte médical: on ne peut pas tout avoir !
    concernant les ordonnances électroniques, c’est déjà fait ! y’a plus qu’à demander aux médecins d’utiliser leur ordinateur………équipez-vous, et sortez de votre tour d’ivoire nous demandent le jeunes ! alors, vous êtes d’accord ?????

    • Pour les ordonnances electroniques, je pensais à leur envoi electronique aux pharmacies 🙂

      • Je fais ses envois depuis plus de 10 ans !!
        Avec un logiciel Gratuit Open source – Qui genere une Ordonnance En PDF signée et non modifiable
        Sachant qu’actuellement la majorité de confreres les envoient par FAX ( Moyen non securisé )
        O

        • Je n’ai jamais entendu parler de ce logiciel gratuit ! Et la pharmacie en retour doit-elle avoir un logiciel en particulier pour recevoir l’ordonnance ou bien vous envoyez l’ordonnance par mail ?

  6. Pourquoi ne pas mettre Deep Blue dans le jeu ? Après tout , si les échecs peuvent se passer du cerveau humain, je ne vois pas pourquoi on ne remplacerait pas les médecins ( pour moins cher ) …..

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *