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Superparent connecté, rêve ou cauchemar ?

« Être parent d’un nouveau né est presque une tâche super-humaine ». Heureusement, grâce aux objets connectés, vous pourrez « détecter des changements que même les parents les plus attentifs ne remarqueraient pas ». C’est « le meilleur moyen de rester connecté et de vivre plus intelligemment ».

Jeanne, « maman connectée »

 

 

En lisant ces mots sur les sites des sociétés vendant des objets connectés pour bébés, Jeanne est rassurée : elle ne sera pas une mauvaise mère, ouf ! Elle a équipé Théo, son premier enfant tout juste âgé d’1 mois de 3 capteurs connectés : « Connect ta Chausette », « Snooz sur la Couche » et « Totoche Tempet ». La chaussette mesure la fréquence cardiaque et la saturation en oxygène (Jeanne a été voir les valeurs de référence sur Toctissimo). Snooz se clipse sur la couche et indique si Théo est endormi ou éveillé, sur le dos ou le ventre, et vibre toutes les 15, 18 ou 20 secondes (au choix) s’il ne bouge plus. Jeanne a très peur de la mort subite du nourrisson, surtout pour un garçon ! La tétine prend la température, et on peut la faire sonner à distance si elle s’égare c’est très pratique.

 

Elle a aussi téléchargé une application smartphone qui permet (entre autres) d’entrer la quantité de selles à chaque change, les activités de Théo (100 choix !), ou encore de chronométrer le temps de tétée. C’est un peu sport quand elle donne le sein en tenant Théo d’une main et le téléphone de l’autre, mais c’est la seule façon de voir s’il boit bien. En plus, quand Jeanne reprendra le travail, la baby-sitter pourra elle aussi télécharger l’application et elle pourra tout vérifier à distance.

Une jungle d’applis et d’objets connectés

Cette histoire vous paraît folle ? A en croire les nombreux sites web et forum de mamans connectées pas tant que ça.. !

Aujourd’hui, la majorité des individus connectés le font dans une optique de surveillance et de prévention, et sont souvent en bonne santé. Beaucoup de nouveaux parents font partie de cette catégorie. Pour cela, ils ont accès à une jungle d’applications smartphone et d’objets connectés ou se mêlent le bien être et le médical, sans que la différence soit évidente aux yeux du public… ni des professionnels de santé.

 

La très grande majorité des objets connectés  dédiés aux enfants ne sont pas des « dispositifs médicaux ».

 

Ils n’ont pas fait l’objet d’une évaluation médico-scientifique répondant à des régulations bien précises, comme par exemple valider que les mesures faîtes sont bien correctes, ou de protéger les données recueillies sur un hébergeur agréé de données de santé. Les rares qui le sont sont souvent plus chers (validation longue et coûteuse) et peu présents dans les grandes surfaces.

Le résultat ? Des mesures non fiables, des fausses alertes, pas d’intérêt démontré dans la prévention de la mort subite du nourrisson, ou encore des données revendues à des organismes tiers. En tant que médecin, difficile donc de s’y fier ou de les recommander. Il faudra attendre plus de transparence de la part des fabricants pour qu’en un clin d’œil nous puissions savoir si les objets sont des dispositifs médicaux et validés cliniquement, donc fiables.

Une expérience de l’enfant mécanisée

Mais l’autre résultat, c’est aussi un risque de mécaniser l’expérience de l’enfant. De voir le sourire au travers de l’écran de l’appareil photo du smartphone, de raconter sa journée en histogrammes, en quantité de couches souillées ou en minutes d’allaitement du sein droit.

Alors que faire devant les nouveaux parents comme Jeanne, qui nous demanderont notre avis sur le dernier biberon connecté et quelle appli pourrait les aider à gérer le stress généré par ces mêmes technologies ? Je répondrai peut-être : rester patient, en attendant les outils connectés au delà du « cool » qui nous aideront vraiment dans des situations médicales.

 

La BBA Bootee en cours de validation clinique est un bon exemple. Cette petite chaussette connectée est certes moins design, mais permet le monitorage sans fil (!) des nouveaux-nés, lors du peau à peau avec les parents ou encore pour les enfants dont le pronostic vital est engagé en hospitalisation à domicile. Cette avancée majeure est rendue possible grâce à des capteurs de fréquence cardiaque, d’oxymétrie et un actimètre.

 

Tout comme il est important de limiter le temps passé par les enfants devant les écrans, les parents devront apprendre eux aussi à limiter leur propre temps devant l’écran !

 

 

Cécile Monteil

Cécile Monteil

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