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Theranos : le conte de fée devenu cauchemar.

Il était une fois…

Il était une fois une jeune femme de 19 ans, qui en l’espace de quelques années, passa du statut de simple étudiante à celui de plus jeune milliardaire non héritière de la planète.

Il était une fois, une jeune milliardaire, star internationale, qui en l’espace de quelques mois perdit le sourire, et toute sa fortune.

 

C’était en 2003. Elizabeth Holmes, jeune étudiante à Stanford venait de déposer son 1er brevet pour un patch permettant d’administrer un médicament à travers la peau. Sur les conseils de son prof de chimie, elle abandonne ses études pour se consacrer entièrement à son projet, et ouvrir sa start-up : Theranos.

 

Après réflexion, l’entreprise pivote et se lance dans la réalisation de tests diagnostics rapides par prélèvement sanguin capillaire de faible volume, analysable en seulement quelques minutes.

 

 

Le storytelling de la start-up change. Mme Holmes explique qu’elle à toujours eu peur des “instruments de torture”, les aiguilles, et que grâce à sa nouvelle technique révolutionnaire, elle propose plus de 200 examens sanguins à des prix défiant toute concurrence : $3 pour un bilan cholestérol contre un prix moyen de $50 par exemple !

Il n’en fallait pas plus pour que la presse se déchaîne et que l’argent coule à flot.

Fin 2014, Theranos avait levé plus de 400 millions de dollars pour une valorisation de la société à 9 milliards de dollars. Mme Holmes devenait alors la plus jeune milliardaire non héritière de la planète, avec une fortune estimée à 4,5 milliards de dollars.

Sur le papier.

 

La nouvelle Steve Jobs était née, et elle allait changer le Monde ! (Avec le même col roulé noir !)

 

 

La technologie derrière ce miracle ?

Confidentielle on vous dit.

Qu’en disent les investisseurs ? Trop secrète pour être partagée, ils ne la connaissent pas non plus.

 

La validation des dispositifs médicaux étant obligatoire, les autorités américaines (FDA) sont les seules à avoir accès à cette mystérieuse technologie. En 2015, sur plus de 30 tests proposés, un seul obtient un avis favorable : le test diagnostic rapide de l’Herpès.

Et puis vient le choc…

 

En octobre 2015, le Wall Street Journal révèle que la technologie de Theranos ne marche pas.

Elle n’a jamais été évaluée par des experts indépendants, n’a jamais fait l’objet de publications scientifiques, et n’est même pas utilisée pour effectuer les analyses sanguines que la société propose.

En quelques mois, Theranos est priée de cesser l’utilisation de toutes leurs machines spécifiques et d’annuler l’ensemble des résultats effectués sur ses machines pour 2014 et 2015. Leur plus gros client, Walgreens, met brutalement fin à leur partenariat. Le gouvernement américain ordonne une enquête fédérale criminelle à l’encontre de Theranos.

C’est la fin du rêve. Il est maintenant temps d’ouvrir les yeux.

Les tests rapides, pas si facile !

Les principales difficultés rencontrées sont dues à la petitesse des volumes sanguins traités.

À l’échelle microscopique, la tension superficielle du liquide rend le sang visqueux et difficile à manier, d’autant plus qu’il contient de gros éléments encombrants comme les cellules sanguines. Également, bien qu’un petit échantillon sanguin permette assez aisément de répondre de façon qualitative binaire (oui/ non) à la présence d’un élément, passer au quantitatif est une autre paire de manches.

Comment faisait Theranos ? Il paraît qu’ils diluaient les échantillons de sang avant de les faire analyser sur des machines standards.. Les employés qui osaient parler un peu trop fort de ce qui se passait derrière la muraille se voyaient vite découragés par les lettres menaçantes des avocats de la société (l’un des chercheurs clé aurait même laissé une note “It just doesn’t work” avant de se suicider..)

La leçon de l’histoire

La presse aime les belles histoires. Qu’importe si les fondements scientifiques ne sont pas là, ce n’était pas le sujet. À nous, professionnels de santé, d’aller creuser sur PubMed plutôt que Vanity Fair, et de ne pas accepter de croire sans avoir vu.

Ceux qui devraient en tirer la meilleure leçon sont sûrement les start-ups : Ne jamais mettre la charrue avant les bœufs. Savoir rester discret, en attendant d’avoir la preuve de ce que l’on avance.

Mais tout n’est pas perdu pour les patients.

La technique des tests de diagnostic rapide est belle et bien en marche. Nous en utilisons déjà certains : le CRP Test, les tests de grossesse, les hemocue, etc. D’autres entreprises, certes plus discrètes, sont au travail pour tenter de nous apporter confort et rapidité de la biologie médicale.

 Le DNA Medical Institute (DMI) a développé pour la NASA un dispositif portable sur lequel une simple goutte de sang (10 μL) est micro-mixée à des nanobandelettes et des réactifs, puis analysée au laser par spectrométrie en quelques minutes.

 

Une autre société, Genalyte propose d’analyser de façon binaire la présence de 128 molécules en déposant une goutte de sang sur une mini puce en silicone aux 128 capteurs spécifiques, le tout en 15 minutes.

Finissons donc ce conte sur une note positive, ces deux technologies innovantes sont en cours d’essais cliniques et de validation par la FDA : le rêve de la prise de sang par simple pique au bout du doigt est encore possible !

Cécile Monteil

Cécile Monteil

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